Retour chez parents = retour massif d'émotions

du
dubleu
le 07/10/2015
Bonjour, c'est un long texte je m'en excuse d'avance !

J’éprouve beaucoup de ressentiment envers mes parents et je ne sais comment gérer les émotions que cela me procure. Homme à la mi-quarantaine (célibataire et sans enfant), je suis revenu habiter avec eux pour une dizaine de mois, principalement pour économiser les frais de logement en préparation d'un projet personnel. Voilà cinq mois que je suis revenu au bercail et il m'en reste cinq autres avant de quitter… mais c’est très difficile au niveau émotif.

Ce qui me déplaisait autrefois chez mes parents me déplait toujours aujourd’hui et je me retrouve constamment en réaction envers eux. Je suis submergé d’émotions que je n’arrive pas à gérer, exactement comme lors de mon enfance. Bien sûr, je vois les choses en adulte, mais émotionnellement, je me sens toujours comme un enfant.

À la base, mes parents sont deux bonnes personnes ; un père avec un bon coeur mais entouré d'un gros nuage gris ; une mère qui m’aime plus que tout au monde mais qui, comme bien d'autres, en fait trop. Ils sont d’une très grande générosité et feraient tout pour moi. Matériellement, il me donneraient tout (selon leur moyens bien sûr), mais le problème à toujours été l’aspect émotif : c’est le vide. Ce fut toujours très pauvre de ce côté dans ma famille et je l’ai toujours ressentis.

Mon père est l'exemple parfait du « couvercle sur la marmite » et il est incapable de profondeur ; avec lui, tout est extérieur. Enfant, j'ai toujours ressenti cette souffrance, cette lourdeur. J’ai toujours détesté sa personnalité « bruyante » et j’ai toujours ressenti de l’anxiété en sa présence (et la possibilité de sa présence). Je suis de nature calme, introvertie, contemplative, et je me suis toujours senti dérangé dans mon calme par lui. Je lui en veux de ne pas avoir fait ce qu'il faut pour se libérer de sa souffrance, s’épanouir et me donner un père heureux et ouvert sur la vie.

J'ai une meilleure relation avec ma mère mais me suis toujours senti étouffé par elle et lui ai toujours reproché son manque d’authenticité. Je pense qu’elle m’a toujours pris pour un substitut pour son mari qu’elle n’aime pas et qui est un homme très casanier alors qu’elle, aime sortir et faire plein d’activités. Ma mère m’a déjà confié que, lorsque je suis né, j’étais son « sauveur »… Je crois que je la « sauvais » de mon père et elle parle d’ailleurs de son amoureux (avant mon père) comme l’homme de sa vie, ayant déjà qualifié mon père de « prix de consolation ». Je lui en veut d'avoir choisi un mari pour lequel elle n'éprouve pas d'amour et, lorsque nous parlons de mon père, elle me répète toujours avoir souvent « acheté la paix » avec lui.

Je n'ai jamais été vraiment heureux en grandissant avec eux et ne me suis jamais senti à ma place dans cette famille. Au cours de ma vie, je n’ai jamais vu mes parents se donner de marque d’affection et je pense, qu’à la racine, cette famille est fausse, avec deux parents qui demeurent ensemble pour de fausses raisons. Si ma mère avait pu être honnête avec elle, elle serait partie depuis longtemps et les vraies choses pourraient être dites. Mais les non-dits sont nombreux et, si tout pouvait être dit, il y aurait explosion nucléaire dans cette famille…

Pendant vingt ans à vivre ma vie de mon côté, j'ai trouvé ma façon d'être, me suis apporté de l'estime personnelle et trouvé mes propres valeurs (et philosophie de vie). Mes parents sont peu éduqués et manquent de culture et d'ouverture d'esprit, alors que j'ai voyagé et vécu à différents endroit avec une diversité culturelle. La distance par rapport à mes parents fut bénéfique à la longue, mais j’avais dû prendre une année sans contact avec eux parce que tout le ressentiment accumulé étant jeune m’envahissait quotidiennement.

Ils ont toujours, matériellement et « logistiquement », été là pour moi, mais émotivement, ce fut toujours l’abscence la plus totale, en plus du manque d’écoute et de profondeur. Voilà le problème. Je ne cesse d'éprouver du ressentiment pour ce qu'ils n'ont pas fait et pour ce qu'il ne sont pas. Je reproche d'être demeurés dans leur sécurité, leur petite vie, dans leurs peurs.

J'ai cependant trouvé ce qui me rend le plus triste chez mes parents : le manque d'écoute. Ils ne savent pas écouter. Mon père projette ce qu'il pense au lieu de m'écouter et voir mon point de vue. Ma mère, dès que je commence à lui parler, part à la recherche d'une réponse qui très souvent, n'a aucun rapport avec le sujet que j'apporte. Elle sent le besoin de répondre, comme si c'était une obligation de trouver une réponse. Malgré un amélioration de la profondeur de nos conversations, ça finit souvent en cul-de-sac.

Après être revenu vivre avec eux, j'ai rapidement compris que je devrai me battre pour conserver ce que j'avais acquis pendant ces vingt ans à apprendre à me connaître et à forger ma personnalité, car mes parents eux, étaient demeurés les mêmes. L'estime que j'ai réussi à me donner est trop précieuse et je dépense beaucoup d'énergie à me protéger. Je suis toujours « défensif » envers mes parents ; depuis toujours et encore aujourd'hui.

Je suis aussi très blessé. Grandir dans cette pauvreté émotionnelle et d'écoute, avec des parents ne pouvant fournir l'écoute, l'authenticité et la sécurité émotionnelle — en plus d'un frère ainé dominant physiquement avec moi — m'a beaucoup amoché. Je n'éprouve pas d'amour envers mes parents et ça m'attriste, car ce sont deux bonne personnes. Mais rien ne s'est tissé de ce côté, alors qu'est-ce que je peux faire d'autre que de ne pas ressentir d'affection ?

Le recul m'a fait du bien car je me suis ennuyé d'eux (enfin, je croyais), mais lorsqu'on se voyait, j'en avais assez au bout de quelques heures. J'ai peur d'avoir compromis mon bien-être en revenant vivre avec eux mais il est important que j'économise pour mon projet (qui sera très bénéfique pour moi).

Alors, je me demande quoi faire, dans mon coeur, pour me sentir bien ? J'ai encore cinq mois à vivre avec eux et je ne peux vivre submergé de ces émotions. J'ai l'impression d'avoir besoin de tracer une ligne... Mais laquelle ?

Merci d'avoir lu ce roman, bonne journée $🙂